Entre 1855 et 1857, la Librairie de V. Hoffman à la Place d’Armes met en vente sous le titre Album pittoresque du Grand-Duché de Luxembourg une série de 31 vues de « sites pittoresques, ruines historiques et vues remarquables » du pays, dessinées par Jean-Baptiste Fresez (1800-1867), lithographiées par Armand Cassagne (1837-1907) et imprimées par Lemercier à Paris. Chaque vue est accompagnée d’un texte explicatif. Comme les lithographies étaient livrées par fascicules, à un rythme de « une ou deux par mois », et que, souvent, les gens les faisaient encadrer à des fins décoratives, peu de jeux complets reliés ont survécu.
En 1932, les imprimeurs-éditeurs Linden et Hansen offrent à la souscription un reprint de cette « édition originale, devenue introuvable ([qui] se paie de 2.000 à 3.000 fr. selon l'état) [..., elle] reproduira exactement, grâce aux procédés modernes les plus perfectionnes, les gravures en deux teintes et les textes d'autrefois. »
L’Indépendance luxembourgeoise republie à cette occasion le texte du lancement de la première édition, paru 77 ans auparavant, en constatant que « le prix en était de 45 francs sans la reliure. Avec la dévalorisation de l'argent, l'indice et le reste, cela représente plus de 450 francs de nos jours, toujours sans la reliure. » Pour essayer de mettre en relation les prix de 1932 avec les prix actuels, nous avons fait appel aux publicités qu’à l’époque. Le prix de vente de la réimpression, 300 francs, correspondait au salaire mensuel d’une bonne ou au loyer d’un logement de quatre pièces à Esch. Quelques calculateurs de francs constants nous indiquent que cette somme équivaudrait approximativement à une valeur comprise entre 150 € et 250 € en pouvoir d'achat actuel, selon l'indice retenu, ce qui est loin des loyers et salaires d’aujourd’hui.
Afin de pouvoir réaliser cette réimpression à l’identique, Pierre Linden achète en 1932 pour 1.250 francs une édition de 1857. L’importance de cette somme, quatre mois de salaire de bonne, explique probablement une curiosité découverte grâce à la facture glissée dans le livre ayant appartenu à l’imprimeur, livre que le CNL a pu acheter et faire restaurer. La facture du libraire Paul Bruck est datée du 21 juin 1933, donc après la clôture de la souscription et la vente des Albums pittoresques du Grand-Duché de Luxembourg, lorsque l’imprimeur est rentré dans ses fonds. L’indication « Prix convenu » nous montre l’accord préalable des deux parties sur ce délai de paiement.
Nicole Sahl
Collaboratrice scientifique au CNL et arrière-petite-fille de Pierre Linden