Objet du mois, août 2021

La gravure L’Atelier de M. de Munkácsy

Une fois n’est pas coutume, relevons dans la collection du CNL une eau-forte réalisée par le graveur allemand Karl Köpping (1848-1914) dans les années 1880, d’après une huile sur toile Dans l’Atelier peinte en 1876 par Mihály Munkácsy (1844-1900).

 

Ce sont nos châtelains du XIXe siècle à Colpach, le Baron de Marches et Cécile Papier, qui découvrent le peintre hongrois lors d’un séjour à Düsseldorf en 1870 et le poussent à s’installer à Paris pour y faire carrière. S’ensuit une belle amitié qui conduit Munkácsy une première fois à Colpach à l’été 1871… avant son installation définitive en 1874, dès après son mariage avec la veuve Cécile Papier. Nouveau châtelain des lieux, il réaménage le domaine de Colpach, son parc et la demeure, en y adjoignant un lumineux atelier. Nous n’en avons malheureusement aucune représentation intérieure. L’atelier de notre gravure est vraisemblablement celui sis au numéro 74 de la rue de Lisbonne à Paris.

 

Saviez-vous cependant que l'artiste luxembourgeois Michel Engels, co-fondateur du C.A.L., le Cercle Artistique de Luxembourg, a dessiné le domaine de Colpach ? Dans le tiré-à-part de sa conférence donnée en l’honneur de Munkácsy, on y reconnait l’illustration de l’atelier avec ses larges baies vitrées (cf. Ons Hémecht, n°4, 1899).

 

Pour cette estampe d’interprétation (qui est un moyen de reproduction et de diffusion d’œuvres peintes célèbres), Köpping a opté pour la technique de l’eau-forte, plus facile à mettre en œuvre que le burin. Elle fait partie de la famille des gravures en taille-douce indirecte exécutée sur une plaque de cuivre à l’aide d’un mordant à l’acide. Le nombre total d’exemplaires nous est inconnu. C’est pourtant la rareté, soit une édition à faible tirage, et le degré d’implication de l’artiste dans l’œuvre qui constituent la valeur d’une estampe. Le fait que l’œuvre soit seulement signée dans la planche nous laisse à penser que ce degré est proche de zéro, en tout cas dans le chef de Munkácsy ! Il est vrai que la référence à une édition numérotée et le fait d’apposer une signature originale au crayon relèvent plutôt d’habitudes nées avec l’émergence du marché de l’art et par extension la multiplication des faux.

 

La gravure a été éditée par le célèbre marchand de Munkácsy, Charles Sedelmeyer dont notre compatriote Paul Bruck (1873-1943) dirigera un peu plus tard la galerie parisienne. Dès 1878, le peintre signe un contrat d’exclusivité avec Sedelmeyer lui réservant toute sa production qui passe outre-Atlantique chez de riches collectionneurs américains. On peut dès lors regretter la faible quantité d’œuvres de l’artiste sur notre territoire qui pourtant l’avait accueilli en gloire, grâce aux bons soins de Michel Engels. Aline Mayrisch, la châtelaine de Colpach au XXe siècle, n’a possédé qu’un seul tableau de son prédécesseur. L’imposant tableau original (plus de deux mètres de long !), sujet de la présente gravure, est quant à lui conservé à la Galerie Nationale hongroise à Budapest, comme beaucoup de tableaux représentant le parc de Colpach. Reste que la valeur patrimoniale et documentaire de cette gravure, dont un autre exemplaire se trouve au Musée Carnavalet à Paris, est à tout le moins remarquable.

 

Patricia De Zwaef

 

Légende illustration :

Gravure à l’eau-forte de Koepping L’Atelier de M. de Munkácsy, CNL ART 232.

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