Objet du mois

La « Petite anthologie de la poésie en langue allemande au Luxembourg »

(Dire, 1977)
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Qu’ils se présentent sous la forme de cahiers reliés ou de poèmes-affiches, les quarante-quatre numéros (dont certains numéros doubles) de la revue Dire continuent de fasciner bibliophiles et chercheurs, à la fois pour leurs qualités graphiques et en raison de leur rôle dans la diffusion de la poésie. Imprimés sur une presse à bras par Jean Vodaine, graveur, éditeur, peintre et poète d’origine slovène installé en Moselle, ils se caractérisent par une recherche très poussée sur le plan typographique et contiennent des illustrations dues parfois à des artistes célèbres, comme Jean Dubuffet ou Gaston Chaissac. Échelonnées sur une période de vingt-deux ans (de 1962 à 1984), les différentes séries de Dire ont permis à leurs lecteurs de découvrir des textes et même des inédits de grands écrivains tels que Léopold Sédar Senghor, Raymond Queneau, Wolfgang Borchert ou Henry Miller. Grâce à des extraits traduits, la revue a aussi fait connaître des littératures peu accessibles en France, par exemple des poèmes coréens, slovènes, malgaches ou navajos – ainsi que des œuvres de poètes originaires de la grande région de Metz et des pays voisins. C’est dans ce contexte qu’il faut voir la publication du numéro 22, publié au printemps 1977 et consacré à la poésie luxembourgeoise d’expression allemande.

Constituée d’un ensemble de poèmes-affiches ornés de linos des peintres luxembourgeois Roger Bertemes et Nico Klopp, cette « Petite anthologie de la poésie en langue allemande au Luxembourg » contient des textes de Paul Besch, Henri Blaise, Robert Gliedner, Nikolaus Hein, Paul Henkes, J.J. Kariger, Rolph Ketter, Anise Koltz, Jean-Paul Jacobs, Roger Manderscheid, Cornel Meder, Pierre Puth, Michel Raus, Roger Schiltz, Jos Telen et Nikolaus Welter. À l’exception de son propre poème, tous les textes ont été traduits par l’écrivain et critique luxembourgeois Michel Raus, ami et correspondant de Vodaine, qui fut aussi l’un de ses éditeurs. C’est à Michel Raus qu’il faut attribuer l’introduction non signée de cette anthologie. Débutant sur le constat qu’« il y a au Luxembourg du 20e siècle, et bien avant, beaucoup d’écrits en langue allemande » mais qu’il n’y a « pas de littérature du tout », elle souligne les difficultés que rencontre tout écrivain luxembourgeois : le choix d’une langue d’expression qui lui permet de s’inscrire dans une grande littérature susceptible de lui servir de « patrie » mais qui, en même temps, demeure pour lui une « langue étrangère ». Il ne lui reste donc « pas d’autre issue que de renier ses origines, voire de les combattre ».

Les liens entre Dire et le Grand-Duché sont toutefois antérieurs à la publication de ce numéro. Au moment de sa naissance, au printemps 1962, la revue comptait parmi ses animateurs le poète et écrivain luxembourgeois d’expression française Edmond Dune, qui a publié chez Vodaine plusieurs de ses livres et qui avait déjà participé à l’aventure du Courrier de poésie et à celle de La Tour aux puces, des revues ayant précédé Dire. D’autres écrivains luxembourgeois ont publié des textes dans les revues de Vodaine, qui pouvait d’ailleurs compter sur un certain nombre d’abonnés au Grand-Duché. Ainsi les responsables du numéro 4-5, paru en 1963, remercient-ils « tous [leurs] amis, en particulier ceux du Luxembourg, qui par leur appui ont permis à Dire de continuer à paraître. »

L’exemplaire exposé du numéro 22 de Dire (format 20 × 25 pour la couverture, 27 × 100 pour l’affiche) fait partie des collections du CNL. La gravure de la page de couverture est due à Nico Klopp.

 

Sur Dire, voir Jean Vodaine. Le passeur de mots. Typographie & poésie, textes réunis par M.-P. Doncque et Ph. Hoch, Metz, Médiathèque du Pontiffroy, Luxembourg, Bibliothèque nationale, 1997 et http://asso.jean.vodaine.pagesperso-orange.fr

 

Myriam Sunnen

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