Lettre de Marcel Noppeney à Bob Calmès.

« Mon cher Bob », lettre manuscrite du 4 mai 1945, de Marcel Noppeney à Bob Calmès.

Marcel Noppeney[i], châtelain, poète et juge généreux et cordial, descend d'une famille aisée de culture francophile. Soupçonné d'espionnage au service de la France, il est condamné à mort à trois reprises, peines commutées en travaux forcés à perpétuité. Il s'oppose sans cesse à toute forme de pangermanisme, ce qui lui vaut une détention au camp de concentration de Dachau.

La lettre « Mon cher Bob » fait partie du courrier de Marcel Noppeney, prisonnier à Dachau. Il écrit à Bob Calmès, son voisin à Luxembourg-ville, qui communique pour sa part les nouvelles à ses proches. Bob n'a que 15 ans lorsque son père meurt jeune et Noppeney lui sert de tuteur et de mentor. Les missives provenant du camp de concentration sont « nolens volens » rédigées en allemand, puis en français, dès la libération du camp de concentration par les Américains, le 29 avril 1945. Et il annonce son proche retour comme enfant prodigue au bercail et structure sa missive en énonçant dix recommandations, propositions et considérations, dont l'abandon définitif [...] de la langue odieuse [...] entre toutes. Il demande des nouvelles des siens, fait prévenir son domestique Émile, des proches Élise, la veuve de son chauffeur Léon Hoff et le Mamadou, le fils d'Élise et de Léon Hoff. Le surnom affectueux Mamadou remonte à un voyage du poète au Maroc. Noppeney exige une rentrée en opulence, et pour retrouver le luxe d'antan une chambre à coucher avec un lit et un matelas et même des draps de lit. En outre, il demande une salle de bain avec une baignoire, sinon un appartement à l'hôtel Brasseur[...](prix indifférent), la meilleure adresse en ville. Le quintuple emploi de la conjonction hypothétique « si », tout comme sa question Quid de mes manuscrits, documents, papiers de famille? font pourtant ressentir son appréhension au sujet de son château de Bofferdange, de ses biens et richesses, de ses vêtements et livres.

Le désenchantement est toutefois cruel. Noppeney rentre au Luxembourg en mai 1945, y retrouve son château pillé par les nazis et une grande partie de ses collections et de ses manuscrits brûlés. Jadis corpulent, il ne pèse plus guère que 45 kg et doit passer un mois en quarantaine au Sanatorium de Mondorf. Les rares ébauches de poèmes, échappées au pillage et à l'autodafé, et préservées au fonds de Marcel Noppeney CNL L-0013, lui permettent de publier Signes sur le sable dont il commence la rédaction déjà à Dachau, selon les dires de la lettre.

Jacques Steffen

(cf. Frank Wilhelm: La figure et l'oeuvre de Marcel Noppeney (1877-1966), mort il y a trente ans. In : Galerie. Revue culturelle et pédagogique Differdange, 1996, n°2, pp. 185-278.)

lettre manuscrite du 4 mai 1945, de Marcel Noppeney, incarcéré au camps de concentration de Dachau

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Marcel Noppeney avec Bob Calmès et Miss Nelly 1927, après son retour de Dachau 1945

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