La montre gousset de Jean Antoine Zinnen

montre

 

Au 19e siècle, les montres ne se portaient pas au poignet, mais dans le gousset, c. à. d. dans une poche du gilet. Parfois elles étaient attachées à l’extrémité d’une chaînette qui était fixée en haut du pantalon ou au gilet. Les premières montres à ressort spiral datent du début du 16e siècle et sont l’oeuvre de Peter Henlein de Nuremberg.

L’objet du mois avril 2013 est la montre gousset en or du compositeur Jean Antoine Zinnen. Elle a un diamètre de cinq cm. Le remontoir et la molette de réglage se trouvent en haut. Sur le dos figure le monogramme J. A. Z. Le cadran blanc porte trois couronnes de chiffres, dont deux indiquent les heures, l’une en chiffres romains, l’autre en chiffres arabes, tandis que la troisième se réfère aux minutes. Un deuxième cadran à secondes est intégré dans le cadran principal.

En ouvrant le boîtier, nous découvrons au verso les poinçons 18 k, c par, 1310 et sur le cache poussière des détails techniques : Genève, Ancre ligne droite, Levées visibles, Balancier compensé et Spirale Breguet. La montre ne comporte pas de tampon qui nous aurait permis d’identifier l’horloger, par contre, elle présente sur le dos du cache poussière l’inscription suivante: La Société de Gymnastique à Mr J. A. Zinnen Luxembourg le 12. 4. 1875.

Jean-Antoine Zinnen naquit le 25 avril 1827 à Neuerburg (Eifel) et vint à Luxembourg en 1833. Après un engagement comme corniste au sein du 1er bataillon du contingent fédéral luxembourgeois d’Echternach, il fut promu à l’âge de 20 ans chef d’orchestre du 2e bataillon de chasseurs de Diekirch. En 1852, il accepta le poste de directeur de l’école de musique de la ville de Luxembourg. En 1863, il fut un des membres fondateurs du Allgemeiner Luxemburger Musikverein. Quand l’école de musique cessa ses activités en 1882, Zinnen partit pour Paris, où il intégra différentes formations d’orchestre. Il est mort le 18 mai 1898 à Neuilly-sur-Seine. Son œuvre la plus célèbre est Ons Heemecht, l’hymne national du Luxembourg, dont Michel Lentz a fourni les paroles. La création mondiale eut lieu le 5 juin 1864 à Ettelbrück.

Jean-Antoine Zinnen et Michel Lentz étaient tous les deux membres de la Société de gymnastique fondée en 1849 par le professeur Nic Martha. Zinnen était le directeur de la section de chant. La Gym, qui se distingua plus par ses performances théâtrales que par ses performances gymnastiques, jouait un rôle prépondérant dans la vie culturelle de la ville. Contrairement aux sociétés fermées de jadis, elle était une association libérale, ouverte à tous les hommes indépendamment de leur origine sociale. Lors des réunions hebdomadaires, les membres cultivaient une nouvelle forme de sociabilité favorable à la créativité. „Vous ferai-je assister à une de ses réunions où […] les rires et la joie, l’esprit et la science, la plaisanterie et l’amitié courent, volent, se heurtent, s’entrechoquent et se confondent“, écrivit Émile Tandel dans L’Écho du Luxembourg du 8 mai 1856. On ignore cependant à quelle occasion la Gym a décidé de remettre une montre à Zinnen.

La montre en or est un don des frères Michel et Jean-Claude Pommereau. Leur mère, qui était l’arrière-petite-fille de Jean-Antoine Zinnen, avait exprimé le souhait que la montre retourne un jour au Luxembourg. Le 12 mai 2012, en présence de Madame Octavie Modert, Ministre de la Culture, Michel et Jean-Claude Pommerau ont remis au CNL la montre qui est en parfait état de fonctionnement.

Germaine Goetzinger

 



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