Objet du mois

Le journal de Michel Welter

mwelter_mediumQui dit Michel Welter pense en premier lieu à l’homme politique, au député ou au ministre socialiste dont le grand mérite d’après Philinte/Nicolas Ries est « d’avoir démocratisé notre vie politique et fait entrer l’argument social dans nos assemblées trop exclusivement préoccupées de questions financières ». (Escher Tageblatt 20.08.1927)

Le médecin Michel Welter était cependant aussi journaliste et dans ses heures de loisir, il a tenu un journal qui est un des documents les plus importants sur la Première Guerre mondiale au Luxembourg. Ce journal a été légué au Centre national de littérature par Roger Welter, le petit-fils de Michel Welter. Il compte douze cahiers (17x22 cm) remplis de notes manuscrites. Comme par miracle ces cahiers ont été sauvés lors de l’incendie qui en 1919 a réduit en cendres le bâtiment central de Mondorf-État dont le premier étage était habité par la famille de Michel Welter, directeur médical de l’établissement thermal depuis deux ans. Seul le cahier IV porte à partir de la page 180 des traces de l’incendie.

Les cahiers déposés au CNL sont d’une valeur inégale. Deux cahiers ne contiennent que des notes éparses sur l’actualité politique entre 1897 et 1913 et des listes avec les résultats des élections législatives ou des votes à la Chambre des députés. Voilà qu’au milieu du troisième cahier nous tombons sur un texte qui a toutes les caractéristiques d’un journal et qui se poursuit jusqu’à la fin du cahier douze. Il commence le 3 août 1914, moment de l’occupation du Grand-Duché de Luxembourg par les troupes allemandes. À partir de ce moment, les notices se suivent à des intervalles réguliers et le journal subdivisé en 263 entités journalières de longueur variable donne un aperçu consistant des événements de la Première Guerre mondiale. Le journal se termine le 3 mars 1916 sur une audience que lui a accordée la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde. Entretemps Michel Welter est Directeur général de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce. Il est confronté aux difficultés journalières et au défi énorme d’approvisionner en denrées alimentaires la population affamée.

Les faits de guerre sont relatés de manière très détaillée au début et plus sommairement par la suite. À partir du moment où le gouvernement Eyschen, Mongenast, Braun, de Waha démissionne et que les crises ministérielles se suivent à un rythme accéléré, les faits de guerre passent à l’arrière-plan pour faire place à la politique intérieure, aux négociations entre partis et aux affaires politiques.

Parmi les motivations qui ont poussé Welter à tenir un journal, il faut mentionner la peur de voir tomber dans l’oubli des événements décisifs pour le destin du Grand-Duché de Luxembourg. Face au danger de voir disparaître Luxembourg comme État indépendant, Welter se sent obligé de documenter les faits qui auraient mené à une telle situation. Mais, pour Welter, tenir un journal est aussi un moyen de trouver ses repères dans une situation complexe qu’il vit comme opaque et menaçante et dont il n’est pas permis de discuter ouvertement sur la place publique. Du fait de l’occupation allemande, il est éloigné des sources d’information nécessaires et fiables et il appartient à un pays souffrant d’une extrême précarité qui manque de présence diplomatique dans le monde et il se trouve par conséquent réduit au rôle de spectateur non désintéressé, mais de spectateur quand même.

Le journal de Michel Welter conservé aux archives du Centre national de littérature porte la signature CNL L-367. Les cahiers couvrant la Première Guerre mondiale firent l’objet d’une édition commentée et annotée du CNL en 2015.

 

Germaine Goetzinger

  • Mis à jour le 01-02-2016